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Mali : redorer le blason des partis politiques

Des Assises nationales de la refondation au Dialogue inter-malien pour la paix et la réconciliation nationale, il ne passe pas un jour sans que la politique de façon générale et  l’homme politique malien plus particulièrement ne soient indexés comme la cause du malheur de la nation. Discrédités, affaiblis, muselés, les hommes politiques ont adopté un profil bas, pour ceux qui n’ont pas quitté le pays. Plusieurs, de leur gré ou contraints, vivent aujourd’hui en dehors du Mali. A la lumière des derniers développements de la situation politique nationale, il devient nécessaire que les hommes politiques et les intellectuels réfléchissent à comment réhabiliter la politique et redorer le blason des hommes politiques.

La longue déclaration de dénonciation des conclusions du « Dialogue inter-malien pour la paix et la réconciliation nationale », par les parties signataires de la déclaration commune du 31 mars 2024 est venue encore brouiller l’image des hommes politiques. Au lieu  de s’accorder sur les aspirations légitimes du peuple qu’il importe de prendre en compte, s’en inspirer et le motiver à s’impliquer tout en articulant une vision pour l’avenir afin de définir des objectifs pour la société et construire des consensus, ils considèrent le peuple comme un troupeau de moutons pensant que « les Maliens, des communes à Bamako en passant par les chefs-lieux de régions et la Diaspora qui ont participé de bonne foi à cette entreprise se rendent compte qu’ils ont été dupés […] Ce dialogue, en définitive, qui était censé être un cadre fédérateur de toutes les forces vives de la nation, afin d’identifier les sources des crises qui secouent le pays, de prévenir et gérer les conflits en valorisant des mécanismes de gestion endogène, s’est révélé être un grotesque piège politique, au regard de son déroulement, du contexte d’exclusion créé en amont des forces vives significatives, et de ses conclusions majeures d’avance ».

Même si l’on peut compter plusieurs dizaines de signatures en bas de cette déclaration, il faut dire que ce sont seulement 5 qui peuvent véritablement compter dans l’arène politique. Le nombre ne fait pas la masse. Ces politiques ne pèsent pas grand chose dans l’opinion publique nationale et ils le savent mais font semblant en faisant du bruit au lieu de réfléchir sur les voies et moyens à chercher pour reconquérir les esprits.

Le leadership politique efficace et admiré passe par l’honnêteté et la transparence. Un bon politicien doit être digne de confiance et agir de manière éthique, en tenant ses promesses et en assumant la responsabilité de ses actes. Il doit être capable de comprendre des questions complexes, de les analyser de manière critique et de proposer des solutions réfléchies, s’exprimer clairement et de manière persuasive pour inspirer et mobiliser le public, être capable de prendre des décisions difficiles, de motiver et de diriger des équipes, et de construire des consensus.

C’est à se demander si les hommes politiques maliens comprennent vraiment leur peuple puisqu’ils semblent incapables de se mettre à la place des autres et de comprendre leurs préoccupations, en particulier les plus vulnérables de la société qui ont des perspectives à l’opposé de tout ce qu’ils déclarent comme s’ils n’avaient aucune expérience. Un bon politicien doit être prêt à écouter les préoccupations et suggestions des citoyens électeurs.

Quant aux intellectuels, ils sont attendus pour porter sur la politique un regard renouvelé et susciter, dans ce domaine, d’autres comportements pour aider à discerner de nouvelles urgences car, l’environnement sous-régional, le déferlement de la mondialisation économique, financière et médiatique, l’ampleur des innovations technologiques et des bouleversements qu’elles entraînent avec les réseaux sociaux, interpellent la conscience nationale et chaque citoyen.

Le sentiment de perdre prise sur la réalité semble faire douter les Maliennes et les Maliens de l’utilité de l’action politique, de la probité et de la sincérité du personnel politique. Voila pourquoi c’est du devoir de tous d’appeler à relever les défis qui sont posés, à réhabiliter la politique, à renouveler la démocratie.

Une grande aventure humaine

Durant les prochains mois, l’attention sera largement sollicitée par la préparation des élections présidentielle et législatives. Ces temps que nous traversons sont des temps de crise. Ce déséquilibre s’est ajouté aux difficultés sociales et politiques qui sont les conséquences de la transformation profonde et rapide de nos sociétés et de toutes les structures qui organisent notre vie sociale.

Il est urgent et indispensable que nous puissions mieux définir qui nous sommes, et déterminer les conditions de notre propre respect. Faute d’une appréhension précise de notre dignité, nous nous laisserons inexorablement fasciner par d’autres et être  tenté d’attendre la solution à tous nos problèmes, en oubliant de voir ce qui risque de se retourner contre lui.

Il est temps que chacun arrête de revendiquer toujours plus ses droits sans beaucoup s’inquiéter de ses devoirs ; qu’on arrête de juger toute chose en fonction de son intérêt propre. Dans un temps d’hypermédiatisation, il convient d’être prudent devant la surenchère des informations qui seront diffusées, de ne pas se laisser entraîner par des calomnies ou des médisances, de rechercher avec précaution, autant que chacun en est capable, ce qui est vrai et ce qui est juste.

La politique est une œuvre collective, permanente, une grande aventure humaine. Elle a des dimensions sans cesse nouvelles et élargies. Elle concerne à la fois la vie quotidienne et le destin de l’humanité, à tous les niveaux. L’image qu’elle a dans notre société a besoin d’être revalorisée. Elle est une activité noble et difficile. Les hommes et les femmes qui s’y engagent, ainsi que tous ceux et celles qui veulent contribuer au « vivre ensemble », méritent respect et considération.

Le sens du politique tend à s’émousser et à se dégrader ; l’opinion publique a le sentiment que les gouvernants successifs ne travaillent que pour eux-mêmes et leurs familles. Les inégalités sociales se durcissent en éclatements territoriaux. Le lien social et la cohésion sociale sont ainsi mis en danger.

En outre, des hommes et des femmes, engagés en politique, se montrent souvent incapables d’opérer des réformes profondes et nécessaires, d’anticiper sur le futur. Leurs décisions sont prises pour le court terme, trop souvent pour un intérêt personnel. L’action politique a un fantastique enjeu : tendre vers une société dans laquelle chaque être humain reconnaîtrait en n’importe quel autre être humain son frère et le traiterait comme tel.

La noblesse de l’engagement politique est indéniable. Les abus qui existent ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt de tous ceux qui, animés par le souci de la justice et de la solidarité, se dépensent pour le bien commun et conçoivent leur activité comme un service et non comme un moyen de satisfaire leur ambition personnelle. Dénoncer la corruption, ce n’est pas condamner la politique dans son ensemble, ni justifier le scepticisme et l’absentéisme à l’égard de l’action politique.

Un rôle indispensable

Depuis trois décennies, le souffle démocratique a gagné nos sociétés au détriment des régimes totalitaires. La démocratie triomphe dans les esprits et n’est plus guère contestée, sinon par des idéologies passéistes ou réactionnaires qui n’acceptent pas vraiment l’égalité des hommes entre eux ni leur vocation à la liberté et à la fraternité sociale. Cependant, la démocratie engendre trop souvent le désenchantement et la morosité de ceux qui en héritent. Elle semble frappée de vieillissement et d’anémie ; elle révèle certaines de ses limites et de ses fragilités.

Trop de citoyens deviennent des consommateurs réclamant toujours plus de droits garantis, acceptant toujours moins de devoirs partagés. C’est que la démocratie n’est pas une donnée de nature ni un acquis définitif, mais le résultat des combats des générations successives, que chaque génération est appelée à reprendre et à poursuivre à son compte.

La démocratie a besoin de vertu, pour les dirigeants comme pour les citoyens eux-mêmes. Elle a besoin d’une éthique qui repose sur un système de valeurs essentielles : la liberté, la justice, l’égale dignité des personnes – ce que nous appelons le respect des droits de l’Homme. Une vigilance s’impose devant certains types de fonctionnement démocratique qui semblent saper progressivement ces vertus mêmes dont la démocratie a besoin : c’est particulièrement le cas lorsque l’on estime qu’une décision est valable du seul fait qu’elle est le fruit d’un vote majoritaire.

Il est également urgent de comprendre que les droits de chacun constituent les devoirs de tous. La notion de citoyenneté, dont il est tant question aujourd’hui, ne se réduit pas au seul contrôle, à intervalles réguliers, des responsables politiques choisis au rythme d’élections successives. Chacun est porteur d’une fécondité sociale à valoriser. Passer du stade de citoyen-consommateur à celui de citoyen-acteur est un objectif majeur. La politique est l’œuvre de tous.

Pas de démocratie véritable sans comportements démocratiques : apprendre à connaître et à reconnaître l’autre ; privilégier le débat plutôt que le combat ; développer le dialogue et le sens du compromis ; faire prévaloir la raison sur la passion ; bannir l’usage de la violence et du mensonge.

La démocratie suppose, avant les choix, la réflexion et le débat, l’information et l’analyse, des règles du jeu contrôlées. C’est le rôle indispensable des partis politiques de nourrir le débat public. C’est aussi le rôle des syndicats, des associations diverses et d’une presse libre d’y contribuer.

O. Bakel

Source : l’hebdomadaire malien ‘‘Le Focus’’